L'Expérience Interdite

 

La pièce est inspirée de faits réels. En 1967, Ron Jones, professeur d’histoire-géographie au Lycée Cubberley de Palo Alto en Californie se lance dans une expérience sociologique. Ses élèves ne comprennent pas comment les allemands ont pu tomber dans le régime nazi. Pour leur expliquer, il met en place un régime autoritaire au sein même de la classe. L’histoire s’étale ainsi sur 5 jours jusqu’à ce que Ron perde le contrôle de sa propre expérience. Les premiers jours, les élèves semblent plutôt enthousiastes et  trouvent même de nombreux intérêts à l’élan de discipline s’installant. Leur professeur leur apprend en effet une nouvelle position assise bénéfique à leur concentration, et encourage le calme et l’entraide dans la classe. Par la suite, il décide d’instaurer le port de l’uniforme pour tout élève, de créer un salut et de ne noter les élèves qu’en groupe. Certains élèves montrent leur opposition mais une seule ose réellement  résister, ce qui lui vaut d’être exclue du groupe dorénavant nommé “la troisième vague”. Au fil des jours, les élèves deviennent de plus en plus agressifs et paranoïaques. Ils craignent d’être attaqués par des opposants, un des élèves décide même de devenir le garde du corps du professeur qui commence à perdre le contrôle de l’expérience. Ce dernier y met un terme lors du cinquième jour, convoquant tous les membres pour une soi-disant réunion du créateur de la “troisième vague”. Il leur fait croire qu’il s’agit d’un mouvement national qui souhaite renverser le pouvoir en place. Les élèves se retrouvent tous dans l’amphithéâtre de leur école et alors qu’ils attendent le prétendu représentant, Ron Jones leur avoue que “la troisième vague” n’existe pas. Les élèves sont détruits, déçus et sous le choc devant les explications de leur professeur, se rendant compte qu’eux aussi ont glissé dans un régime autoritaire mis en place par leur propre professeur d’histoire et eux-mêmes.

 

1)      Mise en scène

 

“L’expérience interdite” est une pièce entièrement rédigée et mise en scène par Anne-Sophie Nédélec. Celle-ci s’est inspirée des faits réels racontés dans un documentaire de 2010 réalisé par d’anciens de Cubberley. D’ailleurs, elle a lu le roman dont s’inspire le film de 2008 La Vague  après coup. Le film parle en effet d’une histoire vraie menée par le professeur “Ron Jones” et ses élèves. Cette pièce est ainsi centrée sur la problématique de l’engagement des populations dans une idéologie autoritaire amenant des êtres humains à se soumettre à une pression sociale. La pièce s’étale sur une durée de 5 jours; le passage d’un jour à l’autre est clairement énoncé. On peut ainsi dire que le choix d’appliquer le réalisme à une telle pièce de théâtre est clairement exprimé ici.

 

Au niveau des décors, la pièce se déroule dans une classe, espace statique voire un peu lourd. Néanmoins, “l’expérience interdite” se déroule dans d’autres espaces : les couloirs du Lycée, chez Betty et chez les Jones. La scène est coupée par un long rideau de fils blancs qui changent de couleur selon les éclairages. Ils  laissent alors transparaître les couloirs du lycée où les affiches de protestation à l’expérience seront affichées. Ce dernier permet notamment, lors de la projection de vidéo de donner un aspect plutôt mythique et ancien des films de la fin des années 60. Chez Betty, la pièce est mise en scène par une lumière intense délivrée par une boule orange. En outre, les scènes plus intimistes et poétiques chez les Jones sont mises en avant par un éclairage tamisé, côté cour. En ce qui concerne les costumes, ils reflètent clairement les personnalités de chaque élève. On retrouve  les années 60 avec une sélection de costumes: col roulé, rayures hautes en couleurs, collants, coiffures avec bandeaux…

La dernière scène prend place dans un amphithéâtre. Le spectateur se retrouve au cœur de la scène, les élèves se placent au milieu d’eux. Un diaporama mêlant des images de guerre pour certaines apocalyptiques, poignantes et portant à la réflexion à une musique intense. Sur son site, Anne-Sophie nous apprend qu’elle souhaitait depuis longtemps mêler théâtre et vidéo. 

 

2)      Interprétation

 

Le spectacle soulève des questions d’histoire mais aussi d’actualité. Il permet de se demander et de comprendre comment des populations peuvent tomber dans des régimes autoritaires et extrémistes. Les personnes tombant dans “la troisième vague” sont des personnes “normales” qui sont emportées dans un effet de groupe mené par un leader convaincant. Il est donc dans la nature humaine de se laisser entraîner dans un groupe. La pièce soulève les dangers de ce manque de discernement humain et prévient les spectateurs. A la fin de la représentation, durant la conférence finale la projection d’un diaporama de dictateurs du XXème, de camps de concentration allemands, d’images d’attentats du XXIème siècle montre que la pièce est encore d’actualité.

 

Le casting regroupe Philippe Vandaële, Anne-Sophie Nédélec et une vingtaine de jeunes comédiens amateurs. La compréhension du spectateur est facilitée puisque les personnages censés être au Lycée sont joués par des jeunes d’un  âge semblable. Chaque personnage a sa propre personnalité, le spectateur a l’impression d’être plongé dans une classe qui pourrait vraiment exister. Le professeur et sa femme ont quant à eux des réactions très différentes par rapport aux évènements. Ron Jones finit par perdre le contrôle de son expérience et apprécie même son rôle de leader adulé des membres du groupe. Sa femme, hors de l’expérience, possède un rôle crucial : c’est elle qui fait prendre conscience à son mari qu’il faut stopper l’expérience qui est en train  de dégénérer et de transformer les élèves. Elle le met en garde à propos de la jeune fille exclue dès le deuxième jour. Elle raconte sa propre expérience pour lui montrer à quel point cette élève renvoyée peut souffrir de la situation.

 

 

Nous avons beaucoup aimé cette pièce originale qui nous a permis de nous questionner. Durant le spectacle nous étions en totale immersion dans l’histoire. Nous conseillons à tout le monde d’aller voir la pièce.

 

 

Camille Durand- Julia Santangeli